Ithys et l’éthique : vivre sans nuire dans le royaume d’Éthéros
🤏 Résumé :
Dans mon récit, je décris un royaume discret nommé Éthéros, où personne ne célèbre les naissances ni ne pleure les morts. Ithys, un habitant de ce lieu, s’interroge sur la possibilité de vivre sans faire de mal. Il découvre que même en cherchant à nuire le moins possible, il perturbe inévitablement son environnement. Malgré les paroles rassurantes des Anciens et des Sages, Ithys cherche à comprendre l’éthique au-delà de la simple atténuation du mal. Voyageant à travers diverses régions, il réalise finalement que vivre signifie trahir involontairement. Il décide alors de se retirer du monde, acceptant son incapacité à ne faire aucun mal. Finalement, son message persiste, écartant l’idée de pureté et soulignant une forme d’innocence dans l’acceptation de la vérité éthique sans chercher la justification.
Prologue
Il était un royaume silencieux, caché entre les plis du monde, où les naissances n’étaient pas célébrées, et où les morts n’étaient pas pleurées. On l’appelait Éthéros. Là-bas, nul dieu, nul diable, nul trône, nulle morale venue d’ailleurs. Juste un peuple. Juste des êtres. Et parmi eux, un être singulier, que l’on nommait Ithys.
Ithys n’était ni le plus sage, ni le plus fort, ni le plus aimé. Mais il portait en lui une question, si nue qu’elle semblait irrévocable : comment vivre sans faire de mal ?
I. Le royaume des pas invisibles
Chaque matin, Ithys marchait lentement sur les sentiers de mousse, veillant à ne pas écraser les coccinelles, retenant sa respiration pour ne pas troubler les souffles légers des arbres. Il ne tuait rien, il ne blessait personne. Et pourtant, il le savait : il nuisait.
Car lorsqu’il buvait l’eau, il affamait le ruisseau. Lorsqu’il dormait à l’ombre, il privait la lumière d’un espace. Et lorsqu’il souriait à un passant, il volait une attention à un autre. Il ne le voulait pas. Mais il le faisait.
Les Anciens lui disaient : « Personne ne peut vivre sans déranger. C’est ainsi. »
Et les Sages ajoutaient : « L’éthique est de faire de son mieux. »
Mais Ithys n’acceptait pas. Car « faire de son mieux » n’était pas « ne pas faire de mal ». Et il avait décidé de ne jamais confondre les deux.
II. La vallée des justifications
Il descendit dans la vallée où logeaient les Vertueux. On y trouvait des moines végétaliens, des ermites silencieux, des bâtisseurs de refuges pour les bêtes blessées. Tous proclamaient leur combat pour le Bien. Ils écoutèrent Ithys, puis lui dirent :
— « Tu exagères, frère. Il faut vivre. Et vivre, c’est forcément déranger un peu. Mais regarde tout le bien qu’on fait ! »
Ithys regarda. Il vit un sanctuaire fleuri. Mais il vit aussi, sous chaque dalle posée, des insectes morts. Sous chaque toit construit, des arbres déracinés. Dans chaque main tendue, une autre ignorée.
Il répondit calmement :
— « Vous réduisez le mal, mais vous ne le refusez pas. Vous avez choisi un seuil acceptable. Ce n’est plus de l’éthique, c’est de la gestion. »
Ils le congédièrent.
III. Le pays des miroirs
Ithys marcha vers le Nord, là où la légende disait que les miroirs ne déformaient pas. Il voulait se voir, sans travestissement. Là-bas, une montagne nue dominait le monde. À son sommet, un miroir d’eau claire. Ithys s’y pencha.
Il vit un être qui ne voulait faire aucun mal. Mais il vit aussi un être qui continuait à vivre. Et cela suffisait.
Le miroir lui dit, sans son :
— « Tu sais désormais. Tu ne peux plus dire : je ne savais pas. »
Et Ithys répondit :
— « Je ne dirai plus : je suis juste. »
Car il venait d’avouer, silencieusement, qu’il acceptait de nuire. Même légèrement. Même involontairement. Même par amour. Il comprit : vivre, c’était trahir.
IV. Les voix de la plaine
En redescendant, Ithys croisa des foules heureuses. Certains riaient. D’autres criaient. Tous disaient : « On fait ce qu’on peut. » « Personne n’est parfait. » « C’est la vie. »
Il voulut leur parler de la porcelaine brisée sous leurs pas, des milliers de vies piétinées sans conscience, des fourmis écrasées au nom de la vitesse.
Mais ils lui répondirent : « Tu es fou. »
Ou pire : « Tu es triste. »
Ou encore : « Tu veux nous culpabiliser. »
Ithys comprit alors que personne ne voulait savoir. Car savoir, c’était choisir. Et choisir, c’était sacrifier.
V. Le temple de la dernière décision
Ithys se retira. Non pas dans la mort. Mais dans le retrait. Il bâtit une hutte sans fondations, mangea ce qui tombait, but l’eau des larmes du ciel. Il se fit le plus petit possible. Il parlait peu, ne s’approchait plus.
Un enfant vint à lui, un jour, et lui demanda :
— « Pourquoi vis-tu si loin ? »
Il répondit :
— « Parce que même aimer est une occupation de l’espace. »
L’enfant ne comprit pas. Mais il ressentit. Une sorte de paix étrange. Et une douleur, en même temps. Comme si ce qu’il voyait n’était pas de ce monde.
VI. La dernière nuisance
Un soir, Ithys écrivit une lettre. À personne. Ou plutôt, à l’idée d’éthique elle-même.
« Je n’ai pas su partir. Pas totalement. Je suis resté. Mais j’ai cessé de me croire innocent. Ce que j’ai donné n’efface rien. Ce que j’ai évité ne compense pas ce que j’ai causé. Je suis resté parce que je suis faible. Pas parce que j’ai eu raison. »
Il plia la lettre, la glissa dans une pierre creuse, et ferma les yeux.
VII. Le jugement sans tribunal
Des siècles plus tard, des êtres vinrent fouiller les ruines. Ils trouvèrent des ossements, une pierre fendue, et un parchemin intact.
Ils lurent. Et parmi eux, certains pleurèrent. Non pas de tristesse. Mais d’aveu. Car ils se reconnurent.
Ils n’étaient pas meilleurs. Pas pires. Mais désormais, ils savaient. Et certains se turent à jamais.
Épilogue : la vérité sans fard
L’éthique réelle ne se crie pas. Ne se vante pas. Elle n’est pas un drapeau, ni une guerre. Elle est une fissure dans la chair, une lucidité sans refuge.
Et dans cette lucidité, nulle gloire. Nulle victoire. Juste un miroir qui ne s’embue jamais.
Ithys n’est pas un héros. Pas un martyr. Pas un sage. Juste un être qui a regardé l’éthique jusqu’au bout. Et qui, face à elle, n’a pas fui dans la justification.
Il n’a pas été pur. Mais il a cessé de mentir.
Et cela, dans ce monde, est déjà une forme d’innocence.
🧠 Questions à se poser
Voici quelques questions pour approfondir la réflexion sur les thèmes abordés dans cet article :
- Comment définir une vie éthique si chaque choix entraîne une conséquence qui peut être nuisible ?
- Quelle est la véritable différence entre réduire le mal et refuser de le faire ?
- Jusqu’à quel point pouvons-nous vivre nos valeurs éthiques sans nous isoler socialement ou émotionnellement ?
N’hésitez pas à me contacter si vous avez des réflexions ou des questions sur ce sujet.
