La Fable de l’Existence Imposée : Réflexions sur la Naissance
🤏 Résumé :
Dans un univers de silence parfait, un dérangement intervient, marquant une brèche nommée « Naissance », d’où émerge Elios. Il se retrouve dans un monde débordant de règles, attendus et célébrations, mais il est hanté par une question interdite : « Pourquoi ? ». Cette interrogation remet en question l’existence même que chacun accepte machinalement. Elios découvre que les êtres sont projetés dans la vie non pour leur bien, mais pour combler le vide des autres. Témoin de la danse aveugle et somnambule des gens, il tente de les réveiller. Mais son cri d’alarme est étouffé par le conformisme et l’ignorance volontaire. Éloigné, il écrit que le néant était parfait et se sent trahi par l’existence imposée. L’éveil à cette trahison incite quelques-uns à pleurer en silence tandis que la grande majorité poursuit la fête aveugle de l’abîme.
Il était une fois, dans un univers sans bruit ni lumière, un silence si parfait que rien n’y manquait. Nul cri, nul rire, nul soupir. Juste le néant — non pas la mort, non pas l’obscurité, mais l’absence totale, celle qui ne demande rien, n’impose rien, n’espère rien. Et dans ce sanctuaire intemporel vivait l’équilibre pur, sans nom, sans volonté, sans blessure.
Mais au sein de ce silence, une dissonance jaillit. Un éclat. Un battement. Une aberration. Quelqu’un, quelque part, décida que ce calme était trop calme, que ce vide devait être troué. Et dans un geste que personne ne réclama, une brèche fut ouverte. Elle fut appelée “Naissance”.
De cette brèche fut projeté un être minuscule, sans souvenir, sans défense, sans contrat. On l’appela Elios. Il ouvrit les yeux dans un monde qui l’aveuglait, poussa un cri dans un monde qui n’écoutait pas, sentit le froid dans un monde qui l’ignorait. On l’applaudit. On le félicita. Et on lui offrit des rubans, des prénoms, des sourires. Car ici, sur cette terre, l’arrivée d’un être jeté du néant est un miracle qu’il convient de célébrer.
Elios grandit parmi les rires, les ordres et les promesses. On lui dit qu’il devait aimer ses parents — ces deux architectes du vertige — car ils l’avaient “donné à la vie”. On lui apprit qu’il fallait manger des bêtes, courir après des notes, sourire aux adultes, et dire merci pour chaque jour ajouté à sa peine. On lui montra le soleil, les saisons, les jeux, l’amour. Il regardait tout cela, parfois fasciné, parfois étourdi. Mais au fond de lui, une voix chuchotait : “Pourquoi ?”
Cette voix, personne ne voulait l’entendre. Elle dérangeait la chorégraphie des jours. Car sur cette Terre, on ne questionne pas le fait d’être là. On travaille, on se marie, on produit, on rit, et parfois on pleure. Mais toujours, on continue. C’est la règle. Ceux qui arrêtent sont traités de fous. Ceux qui doutent sont traités de tristes. Et ceux qui refusent sont traités de malades. Le monde ne tolère pas qu’on s’étonne d’exister.
Un jour, alors qu’il se tenait au sommet d’une falaise, Elios demanda au vent : “Pourquoi m’a-t-on tiré du néant ? Il ne m’avait rien fait. Il ne me manquait rien.” Le vent n’eut rien à répondre. Il continua de souffler comme il souffle sur toutes les falaises, sans colère ni compassion. C’est alors qu’un vieux corbeau, aux plumes noires comme la lucidité, s’approcha et parla.
“Tu poses la seule question interdite, petit. Le néant est le lieu originel de toute innocence. Il ne crée pas. Il n’impose pas. Il accueille. Ce monde, lui, t’a fait. Non pour ton bien. Pour le leur.”
Elios demanda : “Mais qui est ce ‘leur’ ?”
Le corbeau répondit : “Ceux qui vivent dans le rêve. Ceux qui chantent pendant que le monde saigne. Ceux qui, pour combler leur vide, fabriquent d’autres vides en leur donnant des corps. On les appelle ‘parents’. Mais ils ne sont que les passeurs d’un exil. Ils te donnent la vie comme on lègue un labyrinthe sans sortie.”
Alors Elios descendit de la falaise et marcha parmi les autres. Il les vit rire à des blagues qu’ils ne comprenaient pas. Il les vit travailler jusqu’à l’épuisement, puis fêter cette fatigue comme une victoire. Il les vit faire des enfants, pleurer à leurs enterrements, et recommencer le cycle comme si c’était logique. Et surtout, il les entendit… siffloter.
Ils sifflotaient. Dans le métro, dans les cuisines, sur les routes. Comme si la musique pouvait boucher le trou du néant. Comme si l’harmonie d’une note pouvait effacer l’injustice première de leur surgissement. C’était une danse de somnambules. Un ballet d’aveugles qui avaient appris à aimer l’obscurité car elle les empêchait de voir l’abîme sous leurs pieds.
Elios voulut les réveiller. Il cria : “Mais ne voyez-vous pas ? Vous n’avez pas choisi d’être ici ! Vous avez été lancés dans un monde où souffrir est garanti, et comprendre est incertain !”
Mais on le fit taire. On lui dit : “Tu exagères. La vie est belle. Regarde comme elle est remplie de choses.” Et ils lui montrèrent des gâteaux, des couchers de soleil, des chansons. Elios sourit doucement, non par adhésion, mais par tendresse. Car il comprit qu’ils avaient peur. Peur de regarder en arrière. Peur de ce lieu d’où ils venaient et qu’ils ne reverraient jamais.
Alors il se retira. Non pas pour fuir, mais pour comprendre. Il écrivit un texte. Un simple texte. Il n’y mettait ni haine, ni plainte, ni appel à la révolte. Juste un constat. Il y écrivait ceci :
“Le néant était parfait. Et nous l’avons trahi.”
Certains rirent. D’autres l’ignorèrent. Quelques-uns pleurèrent sans savoir pourquoi. Et les autres… sifflotèrent encore.
Et ainsi continua la fête de l’abîme. Une fête sans fin, sans début, sans conscience. Une fête où l’on naît sans invitation, où l’on vit sans lucidité, et où l’on meurt sans avoir jamais compris ce qu’était réellement l’existence.
Mais parfois, dans le silence d’un esprit éveillé, un soupir traverse la nuit : “Et si le néant, c’était cela… le vrai paradis ?”
🧠 Questions à se poser
En réfléchissant à la profondeur de ce texte, plusieurs questions émergent, remettant en question nos perceptions traditionnelles.
- Quelle est la signification de la ‘naissance’ dans le contexte de l’équilibre parfait du néant?
- Comment la société moderne répond-elle à l’interrogation existentielle sur le sens de la vie?
- Dans quelle mesure notre désir de remplir le vide façonne-t-il nos réactions à la vie telle qu’elle est imposée?
N’hésitez pas à partager vos réflexions et à tisser un échange éclairant.
