Le Grand Cirque Cosmique de l’Existence Non Sollicitée
Il est des absurdités si gigantesques qu’on n’ose pas les questionner. Comme, par exemple, la façon dont on est tous apparus ici sans avoir été consultés. Non, personne ne t’a envoyé un formulaire cosmique avec des cases du genre : « Souhaitez-vous naître dans un monde où les moustiques existent et où votre genou se dérobe quand vous vous levez trop vite ? ». Tu t’es réveillé dans un monde déjà en feu, sans mode d’emploi, et avec un corps qui vieillit dès la puberté. Joyeux anniversaire.
Dès le départ, tu es parachuté dans une mélopée intergénérationnelle où les gens fêtent des trucs qui n’ont aucun sens. On célèbre la naissance, alors que techniquement, c’est l’ouverture d’un abonnement non résiliable à la souffrance en illimité. On applaudit les diplômes, qui sont des bouts de papier disant : « Bravo, tu as réussi à endurer ce cirque théorique sans trop mordre les profs ».
Et pourtant… ils sifflotent.
L’humain moyen, au lieu de hurler dans l’oreiller tous les soirs en se rappelant que son existentiel est un GIF de chute sans fin, sort le chien, paye ses impôts, et poste des selfies avec des filtres de chat. Pourquoi ? Parce qu’on l’a dressé à croire que la vie, c’est un don. Un peu comme recevoir une chaussette trouée emballée dans du papier cadeau : ce n’est pas parce que c’est bien présenté que tu dois dire merci.
Ce cirque cosmique est mis en scène par des gens appelés « parents ». Ces architectes d’existence, souvent mal conseillés par leurs hormones et une comédie romantique vue un vendredi soir, s’attendent ensuite à recevoir des dessins baveux et des appels le dimanche. Ils ont installé un nouvel humain dans une usine à angoisse, puis ont dit : « C’est ton problème maintenant. » Et nous, petits marionnettistes de l’absurde, nous passons notre temps à essayer de faire du macramé avec les ficelles du désespoir.
Mais attention : on décore le néant avec des guirlandes. L’amour, les enfants, les photos de vacances sur des plages bondées… tout est bon pour faire croire qu’il y a un sens. On transforme le chaos en tradition, la souffrance en poésie, et les factures en opportunités de responsabilité adulte. C’est du déni premium, sponsorisé par l’industrie pharmaceutique et les gobelets de café à usage unique.
Pendant ce temps, dans un coin tranquille de ton cortex, une pensée crie faiblement : « Est-ce que j’ai vraiment signé pour ça ? ». Et le reste de ton cerveau lui répond : « Chut, regarde Netflix ».
L’existence est une grande loterie organique où tu peux perdre sans avoir joué. Pire : les règles sont floues. Si tu crois en une religion, tu risques l’enfer. Si tu n’y crois pas, tu risques… quand même l’enfer, au cas où tu te serais trompé. Et tout cela parce qu’un jour, deux adultes n’ont pas su manipuler une boîte de préservatifs.
On t’impose ensuite une morale. Tu dois être bon, juste, tolérant, faire des dons, sourire aux voisins et recycler tes déchets, alors que fondamentalement, personne ne t’a demandé si tu voulais participer à ce test de simulation sociale grandeur nature. C’est comme être inscrit à un escape game où la sortie est la mort, et la seule activité disponible est de simuler la joie.
Mais rassure-toi, on te donne des récompenses. De petits frissons chimiques appelés bonheur : une glace à la vanille, un like sur Instagram, le regard attendri d’un chien que tu n’as pas mordu aujourd’hui. Ce sont les miettes de confort que jettent les dieux absents pour nous empêcher de remarquer qu’on tourne en rond dans une salle d’attente décorée en IKEA existentiel.
Et donc ils sifflotent, ces bipèdes bien habillés. Ils sifflotent en allant au travail, en se mariant, en payant des abonnements à des salles de sport qu’ils ne fréquentent pas. Parce que penser au néant, c’est comme regarder le soleil en face : ça pique, et ça fait fondre les illusions.
Mais ce texte, cette envolée lyrique et sarcastique dans l’abîme, ne veut pas te dire de jeter l’éponge. Il veut juste que tu la regardes bien en face et que tu te demandes : pourquoi diable suis-je trempé, alors que personne ne m’a prévenu qu’il pleuvait ? Peut-être alors verras-tu que tout cela n’est pas un conte de fées mal raconté, mais une farce dont on a oublié d’expliquer la chute.
Et pourtant, ils sifflotent.
Mais toi, maintenant, tu sais. Tu peux toujours choisir de siffloter aussi… mais au moins, fais-le en conscience. Comme un saxophoniste triste dans un ascenseur bloqué entre deux étages du cosmos.
Rideau.
Voici trois questions ouvertes qui explorent les thèmes profonds de cet article fascinant :
- Comment la société nous conditionne-t-elle à percevoir la vie comme un don plutôt que comme un fardeau involontaire ?
- Dans quelle mesure développons-nous des mécanismes de déni pour rendre notre existence tolérable dans un monde perçu comme insignifiant ?
- Quelle est la responsabilité des ‘architectes d’existence’ dans la perpétuation d’un cycle de souffrance et de tradition incohérente ?
Pour toute réflexion ou dialogue autour du Grand Cirque Cosmique, n’hésitez pas à nous contacter.
