Chapitre III – Le Sceau du Fait Accompli
Le fait accompli de la Création est présenté par les croyants comme parfait, simplement parce qu’il ne peut être remis en question. Cette idée, enracinée profondément dans les esprits religieux, agit comme un hypnotiseur psychologique : elle neutralise, en arrière-plan, toute tentative de réflexion critique sur les éléments souvent affreux et incompréhensibles de la réalité. Puisque tout aurait été créé par une divinité suprême, cela « doit être » parfait, et par conséquent, indiscutable. Déloger ce parasite mental est une tâche ardue.
Ce mécanisme produit une hypocrisie majeure : les croyants doivent, de bonne foi, trouver (et la plupart du temps sans chercher) une perfection dans une réalité qui, pourtant, semble insupportable, cruelle, et souvent criminelle si elle a été intentionnellement préméditée par un dieu. Et quand quelque chose « semble », il devient impératif d’accuser. C’est le b.a.-ba de l’éthique, et nul ne saurait s’en offusquer ; bien au contraire, c’est de son absence qu’on peut s’indigner même si c’est nous qu’on doit accuser car on semble injuste. Cette obligation, qu’ils ne suivent pourtant pas, les enferme dans un cercle vicieux. Si Dieu existe et qu’il est juste, alors les imperfections de la Création doivent être volontaires, et si elles sont volontaires, elles sont injustes. Cette logique, en apparence simple, suffit à révéler une contradiction insoutenable. Et c’est le fait même qu’elle ne soit que très rarement insoutenable qui est problématique ici. D’où le nom de « sceau » des faits accomplis : Le Tout n’est pas juste (ou parfait, car c’est ce qu’ils pensent) parce qu’il semble l’être, ou l’est si on y réfléchit un peu, mais, pour les croyants, le tout est juste ou parfait seulement car… il est.
Le jugement et la justice : un argument grotesque
Parmi les croyances courantes, l’idée selon laquelle Dieu, à la fin des temps, se dresserait pour juger les hommes en fonction de leurs choix est souvent acceptée sans discussion. Pourtant, cette vision soulève des problèmes éthiques fondamentaux. Pour qu’un jugement soit juste, deux conditions essentielles doivent être réunies :
- Le chemin proposé doit être accessible, et accessible pour tous, quel que soit le niveau d’intelligence, de sagesse, ou autre, et quel que soit le contexte de vie (un homme né esclave ou dans des guerres perpétuelles n’en est pas un autre qui, relativement, a le temps de penser ou de chercher).
- Ne pas l’emprunter doit être objectivement condamnable. C’est-à-dire que la non-recherche ainsi que la non-atteinte doivent être non seulement des crimes, mais des crimes impardonnables vouant les contrevenants aux pires supplices pour l’éternité. Car toute peine doit être au moins proportionnelle au crime. Mais cette condition n’est vraie que si le crime est de ne pas chercher, trouver et suivre le chemin. Si ce n’est pas cela le crime, mais que le crime soit plutôt autre chose qui, elle, impose de suivre le chemin si on veut se sauver, c’est cette chose-là dont il faut étudier la légitimité. Et si la différence est incompréhensible, donnons cet exemple : ce serait un peu comme quelqu’un obligé de trouver un antidote (le chemin), après avoir bu du poison (la vraie raison). Ou alors cet autre exemple, qui évite de penser que la vraie raison ne peut être qu’un accident (ce qui semble impossible, car l’être doit être condamnable, de son plein gré) et non avoir malencontreusement subi ou être victime de quelque chose : ce serait comme être obligé de réaliser des travaux forcés (le chemin) après avoir commis des crimes (la raison).
Or, ces conditions sont rarement remplies, pour ne pas dire jamais. Les croyants affirment que Dieu jugera ceux qui n’ont pas suivi le « bon » chemin, et le sujet, pour eux, est clos. Alors qu’on voit à peine de prouver qu’il est fort fertile pour la réflexion et que cette réflexion est un impératif moral. Et puis, et ils le savent parfaitement, ce chemin est souvent obscur, inaccessible, ou faussé par les circonstances. Condamner un individu pour avoir choisi la « mauvaise voie » sans qu’il ait eu une chance claire et équitable de la discerner, et sans être dans aucune obligation de chercher ou de trouver, est profondément injuste. C’est un argument grotesque, infantile même, indigne d’un dieu supposément juste. Et c’est donc à se demander comment quelques individus peuvent y croire. Même pour des milliers ce serait absurde, alors que là on parle de la majorité des humains existants ou ayant existé…
L’injustice des croyants et des cultes
Comment un Dieu juste pourrait-il tolérer les comportements des masses croyantes ? Ceux qui maudissent les autres sans comprendre, ceux qui choisissent leur religion sans quête personnelle ni réflexion, se disent justes parce qu’ils suivent les préceptes de leur foi. Mais en réalité, ils incarnent l’injustice dans toute sa splendeur :
- Ils obéissent par peur ou par désir de récompense, non par amour de la justice.
- Ils ignorent sciemment les contradictions flagrantes de leurs dogmes.
- Ils se cachent derrière leur foi pour légitimer leurs propres biais et cruautés.
Un tel comportement ne peut être respecté ni légitimé. La justice réelle, celle qui dépasse les dogmes, exige une quête personnelle sincère, sans calcul ni compromis. Toute autre attitude relève de l’hypocrisie ou de la faiblesse morale.
Et oui, tout cela est bien un crime… Innommable ! Et quasi-général.
La Création : un univers d’injustices
Les croyants qui proclament que « tout est parfait parce que Dieu l’a voulu ainsi » oublient une réalité troublante : l’univers regorge d’imperfections et de souffrances. Parmi elles :
- Les guerres, les maladies, les accidents, et les injustices.
- Les nécessités alimentaires imposant aux vivants de se nourrir d’autres vivants, y compris chez les herbivores. Et de se nourrir tout court. On ne peut comprendre un être obligé de se nourrir qu’en imaginant un autre qui n’a besoin de rien.
- La souffrance des animaux, souvent ignorée mais omniprésente.
- Et le fait même d’emprisonner des êtres vivants dans cette Terre, et dans l’existence même, sans leur consentement.
Ces faits brutaux, profondément inscrits dans la Création, devraient susciter des questions incessantes sur la justice et la bonté du divin. Pourtant, beaucoup préfèrent les accepter sans ciller, les attribuant à une sagesse divine qui leur échappe. Cette attitude révèle une dangereuse tendance humaine : accepter tout, y compris l’injustice, dès lors qu’elle est imposée par le plus fort.
La justice appelant le divin à la barre
Être juste, réellement, signifie être prêt à interroger, voire à contester, la volonté divine si elle semble injuste. Les arguments selon lesquels « nous ne sommes que des êtres insignifiants qui ne pouvons comprendre » ne tiennent pas face à la pluralité des religions, qui se contredisent toutes. Si un Dieu juste existe, il ne pourrait légitimer une telle confusion ni tolérer une soumission aveugle.
Pour être juste, il faut être prêt à aller contre tout, même contre Dieu, si cela est nécessaire pour défendre les véritables notions du bien et du mal. La justice ne peut être réduite à une simple obéissance à la puissance. Elle doit être universelle et indépendante, fondée sur des principes qui transcendent la peur ou le désir de plaire. Si le divin existe et s’il est juste, il exige cette justice absolue, et non une adhésion servile à ses ordres. Et c’est ce dernier point qu’oublient les croyants.
La perfidie du fait accompli
Accepter le fait accompli sans questionner, que ce soit dans la Création ou dans les dogmes religieux, revient à approuver tacitement toutes les injustices de l’univers. Si un Dieu juste existe, il condamnerait les croyants qui se cachent derrière ce fait accompli pour justifier leurs propres erreurs. Car ces croyants ne cherchent pas la vérité : ils veulent simplement être sauvés, récompensés, sans s’interroger sur le bien-fondé de leurs actions.
Le fait accompli est un sceau qui enferme les esprits dans une passivité destructrice. Ceux qui l’acceptent contribuent à perpétuer un univers d’injustices, qu’ils soient croyants ou non. Et cela, un Dieu juste, s’il existe, ne pourrait l’ignorer.
Voici quelques questions pour approfondir la réflexion sur ce sujet complexe :
- Comment peut-on réconcilier l’idée d’une Création parfaite avec la présence évidente d’injustices dans le monde ?
- Dans quelle mesure la quête d’une justice divine absolue devrait-elle influencer nos choix moraux personnels ?
- Quel est le rôle de la réflexion critique face aux dogmes religieux dans la quête de la justice véritable ?
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