La Fable du Dieu Créateur mis à l’Épreuve : Un Voyage Philosophique
🤏 Résumé :
Dans un royaume suspendu entre l’idée et la matière, les Aétharins, créatures ni mortelles ni immortelles, se retrouvent dans un univers pensé dans les moindres détails par Eltis, leur créateur. Un malaise s’installe parmi eux : pourquoi ont-ils été créés sans leur consentement pour un examen aux conséquences éternelles? Varr, un jeune Aétharin, brise le silence et soulève cette interrogation bouleversante. Face à la montée du doute et de la contestation, le Conseil de la Lumière est convoqué. Un philosophe propose une idée subversive : que même Eltis soit soumis à l’épreuve de ses propres décisions. Rapidement, une quête pour retrouver le droit au non-être démarre. Des milliers quittent leur foyer à la recherche du silence originel. Lorsqu’ils commencent à s’effacer, une nouvelle loi émerge, transformant à jamais une civilisation : ne pas imposer l’existence à ceux qui n’ont jamais pu choisir. Une justice naît de l’absence de l’Être plutôt que de sa volonté créatrice.
La Fable du Dieu Créateur mis à l’Épreuve
Il fut un temps, dans un monde suspendu entre l’idée et la matière, où l’on racontait l’histoire d’un peuple étrange : les Aétharins. Ces êtres n’étaient ni mortels ni immortels, mais créés. Ils habitaient une sphère lumineuse, un univers clos dont le ciel ne se fendait jamais et où chaque chose semblait conçue avec un soin redoutable. Pourtant, malgré cette perfection apparente, un malaise sourd parcourait les esprits. On parlait à voix basse, dans les ruelles translucides, d’un sentiment diffus d’injustice originelle.
Car les Aétharins n’avaient jamais demandé à naître. Ils furent appelés du néant, arrachés à l’inexistence, puis placés dans un monde aux règles mystérieuses. On leur apprit qu’ils étaient en période d’épreuve, que chaque geste serait jugé, que leur sort éternel dépendrait de leur obéissance à des lois anciennes, édictées par un Être nommé Eltis, le Créateur.
Mais un jour, un jeune Aétharin nommé Varr dérogea au silence. Il se leva sur la place des Verres et cria :
« De quel droit ? »
La foule frémit. Ce n’était pas un blasphème, c’était pire : une question logique.
— De quel droit, reprit-il, nous a-t-on tirés du néant paisible pour nous soumettre à un test aux conséquences infinies ? Si Eltis est juste, alors pourquoi nous imposer la vie sans notre accord ? Pourquoi souffrons-nous ? Et si c’est pour nous juger, qu’avions-nous fait, dans le néant, pour mériter d’être créés ?
Les prêtres l’excommunièrent, bien sûr. Mais il était trop tard. Le doute, tel une onde dans l’eau, avait déjà gagné les consciences. Bientôt, d’autres voix s’élevèrent. Des poètes, des sages, des enfants même, commencèrent à interroger la légitimité première : celle de la Création elle-même.
Le Conseil de la Lumière
Sentant la révolte monter, les Anciens convoquèrent le Conseil de la Lumière, censé statuer une fois pour toutes sur la question. Le plus éminent des prêtres, Ril-Kahn, fut désigné pour défendre Eltis.
Il prit la parole d’un ton solennel :
— Mes enfants, vous êtes le fruit d’un acte d’amour. La Création n’est pas un caprice mais une nécessité divine. Eltis, dans sa sagesse, a choisi de partager l’existence. Il vous a donné la vie, et avec elle, la liberté.
Mais Varr, toujours présent, répliqua :
— Si la Création est un acte d’amour, pourquoi impose-t-elle la douleur ? Pourquoi même les innocents souffrent-ils ? Et si nous avons été créés libres, pourquoi n’avoir pas eu le choix de ne pas être ? N’est-ce pas là une contradiction fatale ?
Un silence de plomb suivit cette réponse. Car au fond, nul ne savait répondre. On ne pouvait que croire ou se taire.
L’Interrogation de l’Absolu
Un philosophe, témoin de ces échanges, proposa alors une idée révolutionnaire : soumettre le Créateur à son propre test.
Il dit :
— Si Eltis est juste, il ne peut craindre l’épreuve. Imaginons qu’un être supérieur à lui le crée à son tour, qu’il le fasse naître sans consentement, qu’il le plonge dans un monde de souffrances, puis qu’il le juge selon des règles qu’il n’a pas choisies. Eltis jugerait-il cela juste ?
Ce fut le tumulte. Les murs du Temple tremblèrent. Le haut clergé cria au sacrilège. Mais le peuple, silencieusement, comprit : la justice ne peut être fondée sur l’asymétrie totale entre le juge et le jugé. Même un dieu doit pouvoir être vu à l’épreuve de ses propres lois.
La Marche du Néant
Alors commença ce que l’on nomma plus tard « la Marche du Néant ». Des milliers d’Aétharins quittèrent les villes, les temples, les archives. Ils marchèrent vers la frontière de la sphère, là où les contours du monde devenaient flous, et prièrent non pour vivre éternellement, mais pour qu’on leur rende le droit de n’avoir jamais été. Ils ne demandaient ni récompense, ni rébellion. Juste le silence originel. Le droit au non-être.
Et un soir, l’un d’eux disparut. Puis un autre. Un par un, ils s’effacèrent, comme s’ils avaient été entendus. Comme si une justice plus grande que celle d’Eltis les avait écoutés. Non pas une vengeance, mais une réparation métaphysique : restituer le néant volé.
Épilogue : La Loi Inversée
On dit que depuis ce jour, l’univers des Aétharins changea. Eltis, que nul ne vit plus jamais, cessa de parler. Et dans le vide laissé par son silence, germa une nouvelle loi :
« N’impose jamais l’existence à ce qui n’a pas pu choisir. »
Cette maxime devint le fondement d’une justice inédite. Une justice fondée non sur le pouvoir de créer, mais sur le devoir de s’abstenir. Une justice née non d’un dieu, mais d’un peuple
🧠 Questions à se poser
Poussant les lecteurs à la réflexion, ces questions émergent de l’histoire des Aétharins.
- Comment la notion de justice est-elle redéfinie dans l’univers des Aétharins et par le peuple lui-même ?
- Quels parallèles peut-on établir entre les dilemmes des Aétharins et les questions existentielles que l’on se pose dans notre propre monde ?
- Dans quelle mesure l’idée du non-être comme droit fondamental change-t-elle notre perception de l’existence et du choix ?
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