Chapitre IV : Mystère de la Création et Justice Divine

Imaginons, pour les besoins de ce chapitre, que tout soit juste. Les croyants affirment souvent que Dieu, ou les dieux, créent les êtres, les testent, et les jugent selon des critères qu’ils seuls établissent. Mais cela soulève une question essentielle : de quel droit ?

Créer des êtres capables de souffrance, les tester sous pression, puis les juger sévèrement pour des actes qu’ils auraient commis ou des choix qu’ils auraient faits, est-ce juste ? Si un tel droit découle simplement de la puissance créatrice, alors quiconque aurait la capacité de créer serait légitimé à donner naissance à des monstres, puis à les condamner pour ce qu’ils sont. Une telle idée est effrayante : elle réduit la justice à une simple manifestation de pouvoir. Mais la justice véritable, comme nous le savons, ne se fonde ni sur la puissance ni sur la domination.

Avant leur création, ces êtres n’étaient rien : ils reposaient dans un néant paisible, incapables de nuire. Pourquoi, alors, les invoquer du néant pour les soumettre à un test aux conséquences éternelles ? La Création, vue sous cet angle, ressemble moins à un acte de bonté qu’à un caprice, un geste égoïste qui impose aux créés un fardeau qu’ils n’ont jamais demandé à porter. Et cela inclut non seulement ceux qui échoueraient au test, mais aussi ceux qui le réussiraient : car même les « sauvés » souffrent dans ce monde. Quel Dieu juste accepterait un tel arrangement ?

L’absolue nécessité de la Création

Pour défendre un tel acte, il faudrait démontrer que la Création était absolument nécessaire. Mais sur quelles bases repose cette nécessité ? Sans réponses claires, la Création apparaît comme une justice gratuite infligée à des êtres imaginaires. « Créons Dracula et punissons-le ! » Cela n’a pas de sens. S’il n’existe pas, pourquoi le faire exister pour ensuite le condamner ? Cette logique paraît absurde, et pourtant elle est tacitement acceptée par la majorité des croyants.

Ce qui est véritablement terrifiant ici, c’est que les croyants n’interrogent pas la nécessité de la Création. Ils l’acceptent comme un fait accompli, en la trouvant « parfaite et bonne », comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent. Pourtant, cette question, la nécessité de faire exister des êtres, est fondamentale. Pourquoi ne pas avoir opté pour le non-agir, pour le néant, si agir impliquait de risquer la moindre imperfection ou injustice ?

L’acceptation de l’existence elle-même par les créés, sans remise en question des conditions de leur propre venue au monde, peut être condamnable. Le droit au néant, cette possibilité de ne jamais être soumis à un tel fardeau, est inaliénable. Pourtant, il a été ignoré, ou pire, volé.

Dieu respecte-t-il ses propres lois ?

De nombreuses religions enseignent que Dieu impose des lois éthiques aux hommes, comme celle de ne pas faire à autrui ce que l’on ne voudrait pas qu’on nous fasse. Mais Dieu respecte-t-il lui-même cette règle ?

Imaginez qu’on crée Dieu, qu’on le teste sous des pressions immenses, puis qu’on le juge. Cela lui semblerait-il juste ? Aurait-il accepté un tel traitement ? Si la réponse est non, alors pourquoi le fait-il subir à ses créatures ? La justice, pour être réelle, exige l’empathie, et cette empathie doit s’appliquer à Dieu lui-même. Or, créer des êtres, les soumettre à des épreuves et les juger ensuite, sans aucune alternative au néant, semble contredire cette empathie fondamentale.

Les erreurs éthiques des cultes

La Création, telle qu’elle est décrite dans la plupart des dogmes religieux, semble se heurter à des problèmes éthiques insurmontables. En acceptant passivement l’ordre établi, les croyants deviennent complices de ce qu’ils cautionnent, directement ou indirectement. Si la Création contient des imperfections, des injustices, ou des souffrances inutiles, alors ceux qui l’acceptent sans question en sont moralement responsables. Ils acceptent tacitement une logique où la puissance remplace la justice, où le fait d’obéir supplante toute réflexion éthnique. Et l’obéissance n’est pas toujours sans conséquence.

Prenons un exemple : un docteur demande à un homme de tuer quelqu’un, sans lui donner d’explication. Cet homme obéit, pensant que le docteur sait ce qu’il fait. Puis, après l’acte, le docteur explique que c’était une euthanasie légale et souhaitée par la victime. Cela rend-il l’acte moral ? Non. Car l’homme a agi sans données suffisantes, par simple obéissance aveugle. De la même manière, les croyants qui suivent aveuglément les dogmes religieux, sans questionner leur justice, ne peuvent se dire justes. Ni le croire.

Et les autres êtres ?

Un autre problème éthique se pose : qu’en est-il des êtres qui ne semblent pas concernés par ce test ? Les animaux, par exemple, souffrent dans ce monde, bien qu’ils ne soient pas soumis aux mêmes critères de jugement que les humains, à en croire la majorité des religions. Pourquoi ? De quel droit ? Ce sont des consciences également. Faire souffrir des êtres incapables de répondre à un test, ou qui ne sont même pas concernés par ce test, semble être une aberration morale. Cela contredit toute idée d’une justice divine universelle.

La quête du droit au néant

Le néant n’est plus le « rien » depuis que cette Création est. Il est bien au contraire le droit auquel doivent s’accrocher les êtres vivants et conscients. On ne peut comprendre l’existence sans envisager son absence. Et il faut trouver une réponse à cette question avant toute autre chose si l’on est croyant : qu’est-ce qui justifie légitimement de forcer un être à exister ? Et c’est également depuis le néant que tout le reste, ou presque, doit être étudié, inspecté. Le néant offre la défense et la source philosophique la plus solide pour juger de ce qui est.

Conclusion : la constance éthique dans la Création

Si Dieu existe et qu’il est juste, alors sa justice doit être constante et parfaite. Cela signifie qu’elle ne peut souffrir d’aucune contradiction, d’aucune imperfection, d’aucune incohérence. Les actes divins doivent être évalués selon les mêmes principes que ceux qu’il impose à ses créatures. Sinon, nous avons affaire à un être incohérent, ou pire, injuste.

Les croyants doivent méditer sur cette idée : la Création elle-même, en tant que fait accompli, doit être questionnée. Si elle ne peut être justifiée par une nécessité absolue et une cohérence éthique irréprochable, alors elle devient un acte gratuit, dépourvu de sens ou de bonté. Et cela, un Dieu véritablement juste ne pourrait le tolérer.

🧠 Questions à se poser

Les complexités de la création divine et de la justice suscitent des interrogations profondes et ouvertes.

  • Quelle justification véritable pourrait légitimer la création d’êtres voués à être testés aux conséquences éternelles?
  • Dans quelle mesure la valeur de l’existence est-elle influencée par l’absence de choix initial des créatures?
  • Comment concilier la souffrance des êtres qui ne posent pas au cœur des tests divins, comme les animaux, avec une idée cohérente de justice divine?

Pour toute réflexion supplémentaire, n’hésitez pas à partager vos pensées.