Chapitre V – Création et Petites Négativités

🤏 Résumé :

Un dialogue intérieur sur la Création interroge la légitimité des souffrances semi-occulte présentes dans notre quotidien. Chaque douleur mineure ou aléa, comme une rage de dents ou une simple tristesse, soulève une question fondamentale de sens. Si Dieu exerce une royauté absolue et parfaite, alors chaque négativité doit avoir une justification claire. Cependant, si une seule souffrance échappe à cette logique, une empreinte d'imperfection naît dans l'ensemble divin. Ignorer cette nuance équivaut à une complicité silencieuse envers une potentielle injustice cosmique. Le texte dépasse une simple critique et questionne la moralité inhérente à la Création, invitant à comprendre chaque douleur, aussi triviale soit-elle, comme une part intégrante du grand puzzle de la justice divine.

Ce chapitre, bien qu’il puisse sembler marginal ou capricieux, traite d’une question cruciale. Les « petites négativités », ces souffrances mineures ou désagréments que nous subissons au quotidien, interrogent directement la nécessité et la perfection dans le cadre de la Création. Si Dieu est parfait, tout choix divin doit avoir une utilité absolue et justifiable. Or, que faire de ces petites douleurs, ces aléas qui paraissent inutiles ? Pourquoi une rage de dents, un petit accident, ou même un moment de tristesse sans conséquence ? Chaque souffrance compte, et chaque mal, aussi minime soit-il, doit répondre à une logique, sinon il entache la perfection du Tout.

Une intention initiale bonne : et après ?

Imaginons que la Création émane d’une intention juste et miséricordieuse : purifier des consciences inférieures, les amener à un état de perfection éthique et spirituelle. Supposons que cette idée de départ soit irréprochable. Alors pourquoi inclure des douleurs et des désagréments apparemment inutiles ? Une rage de dents sur un week-end, par exemple, subie par un être voué à être « purifié », qu’a-t-elle ajouté à son progrès ou à sa transformation ? De quel droit lui a-t-elle été infligée si elle n’a servi à rien ?

Tout aurait pu être évité. Pourquoi, alors, cela ne l’a-t-il pas été ?

La royauté absolue et ses implications

Si l’on admet que Dieu existe et exerce une royauté totale, qu’il contrôle et choisit tout dans la Création, alors il doit aussi assumer chaque petite négativité, chaque souffrance, même infime. Car si Dieu est parfait, tout ce qu’il décrète doit avoir une raison claire et une utilité. Sinon, la perfection disparaît.

Et si, au contraire, Dieu ne contrôle pas tout, alors il perd immédiatement le qualificatif de « parfait ». Car laisser échapper un quelconque mal (petit ou grand) sans pouvoir ou vouloir l’éviter serait une faiblesse incompatible avec une perfection totale. Cela remettrait en question non seulement la royauté divine, mais aussi le droit même de créer et de purifier.

Il ne suffit pas de dire : « Je sais créer, donc je crée. » Il faut démontrer que chaque élément de la Création répond à une nécessité indiscutable. La Création, si elle est le fait d’un être parfait, ne peut être un caprice. Tout doit être contrôlé et rien ne doit être laissé au « on verra bien ! » La Création doit reposer sur une justice qui dépasse tout doute, et inclure une condamnation légitime à l’existence : « Toi, tu es condamné à être. » Et pas à n’importe quelle existence, mais à cette existence-ci, où les petites négativités, semblant n’avoir aucune utilité, ni même aucun rapport avec un objectif plausible, sont incalculables.

L’éveil à ces petites négativités

Ces petites négativités révèlent une contradiction que beaucoup de croyants préfèrent ignorer. Les réponses habituelles, « brosse-toi les dents si tu ne veux pas avoir de caries » (ce qui suppose que l’être en question est d’accord pour vivre dans un corps si perméable aux souffrances), « c’est la faute des autres », comme si un accident de la circulation ne devait pas être imputé à Dieu mais aux chauffards, ou encore l’incontournable « Dieu sait ce qu’il fait », ne suffisent pas. Car même lorsque l’on suit les règles ou que l’on est parfaitement innocent, ces maux surviennent. Une guerre, une agression, un viol, un accident : si la royauté divine est totale, alors tout mal, quel qu’il soit, est un choix divin. Même les souffrances causées par autrui ou les malheurs involontaires doivent trouver leur justification dans cette royauté.

Chaque négativité doit avoir une utilité. Sinon, la Création elle-même devient imparfaite. Et si l’objectif global de la vie est bon et juste, mais qu’il aurait pu être atteint autrement, en évitant tous ces maux inutiles, alors le tout est entaché.

Le pourquoi de chaque souffrance

Le pourquoi de chaque souffrance, prise isolément, est donc d’une importance extrême. Ce n’est pas qu’une question marginale. Qu’une douleur mineure n’ait aucune utilité met en péril l’ensemble de la logique divine. On peut même aller jusqu’à dire que c’est l’argument le plus puissant, car le plus facilement démontrable. Sans parler du fait que si Dieu existe, et que même cette question-là a une réponse légitime, alors nous parlons d’un tout autre niveau éthique. Une rage de dents, une migraine atroce ou une peine de cœur, dans ce cadre, devraient être aussi nécessaires qu’une grande tragédie. Mais si ces petites douleurs n’ont aucun sens, elles deviennent des taches sur la perfection divine. Et ces taches, aussi petites soient-elles, détruisent l’idée même d’une Création parfaite. Oui, détruisent !

Complicité et responsabilité

Accepter ces maux sans chercher à les comprendre, sans exiger des réponses claires, revient à cautionner un crime, même si ce crime n’en est pas un dans la logique divine. Car la complicité naît de l’inaction ou de l’acceptation passive. En ce sens, chaque croyant qui accepte ces petites négativités sans les remettre en question devient complice d’une injustice cosmique, quand bien même une réponse légitime existe finalement. Et là, il ne suffit pas de s’être dit « il doit y avoir une raison à tout » avant de tourner la page, car ce n’est pas suffisant. Nous sommes devant ce qui ressemble le plus à des injustices d’un nombre absolument incalculable, et devant ce qui a tout l’air d’imperfections globales. Et nul ne peut agir tièdement devant pareilles choses. Car sinon, autant offrir aux humains le droit de se donner des claques et de se taillader les uns les autres avec des rasoirs. Si un humain fait cela, on s’insurge, mais si un dieu le fait des milliards de milliards de fois à chaque instant qui passe, c’est bon, tout est parfait.

On dirait presque l’usuelle habitude des humains à tolérer les petits caprices et injustices des princes, sous prétexte que ce n’est pas important, et à ne les juger que pour les grandes lignes (et dans notre cas, même pas). C’est un réflexe d’évitement des conflits avec les puissants, en arrondissant grossièrement les angles, jusqu’à complètement piétiner ce qui est morale ou justice.

Les petites négativités comptent

Les petites négativités, en apparence insignifiantes, sont des révélateurs de la perfection ou de l’imperfection de la Création. Elles obligent à interroger non seulement les grandes tragédies de l’existence, mais aussi les maux du quotidien, ceux que l’on accepte par habitude ou par démission.

Si Dieu est parfait, alors chaque souffrance doit être nécessaire et justifiable. Mais si une seule douleur, un seul mal, échappe à cette logique, alors l’ensemble s’effondre, inévitablement. C’est un point inévitable pour toute quête de vérité. Et si des croyants acceptent ces maux sans exiger des réponses claires, ils se condamnent à la complicité. Et à nommer parfait ce qui est tout sauf parfait.

La perfection ne laisse aucune place à l’inutile. Et c’est pourquoi ces « petites négativités » comptent autant que les grandes. C’est une question qui déplace, en toute logique et impartialité, la perfection de la Création sur un autre plan : celui des petites misères et du fait d’autrui. Car oui, même les viols, les meurtres, les guerres, même les peines de cœur, les migraines, et les glissades dans les escaliers, même quand vous vous cognez le pied contre la table, sont du fait de Dieu, s’il existe. Il ne saurait y avoir de doute en cela. Que cela vienne de la nature, de quelqu’un d’autre, ou même de notre propre maladresse, tout est signé par un seul être, s’il existe. Car celui qui est responsable du contexte est responsable de tout ce qui s’y passe.

🧠 Questions à se poser

L'analyse des petites négativités au sein de la Création invite à une profonde réflexion sur la justice divine.

  • Comment concevoir la perfection divine face à l'existence de souffrances apparemment inutiles?
  • Dans quelle mesure accepter passivement ces douleurs mineures pourrait-il affecter notre perception de la justice cosmique?
  • Quelles explications théologiques permettrait de concilier un monde parfait avec l'inévitabilité des malheurs quotidiens?

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