Chapitre VI : De ces étranges images qu’on a des divinités
Il faut l’avouer, les humains peuvent sacraliser n’importe quoi. Si votre voisin colérique et imbuvable devenait un dieu (ou l’était depuis le début), ils l’adoreraient, sans hésiter, le déclareraient infiniment supérieur, le qualifieraient de parfait. En effet, depuis les origines des civilisations, l’humanité a imaginé et construit des images de Dieu ou des dieux à son image : imparfaits, capricieux, lubriques, ou parfois injustement indulgents. Ce que l’humain était, il l’est resté. Aujourd’hui encore, malgré l’évolution des dogmes, les visions modernes du divin ne diffèrent guère de celles des cultes anciens. La plupart des religions continuent de proposer des figures divines étranges, souvent contradictoires, qu’on pourrait aisément qualifier de tyranniques ou absurdes. Et même si aujourd’hui elles tendent maladroitement, et faussement, à parler de respect ou d’éthique de la part du divin, c’est seulement parce que les religions énoncent ces points, non parce que cela est une condition pour les humains avant de vouer un culte.
Quand il s’agit de religion, les Hommes n’en ont cure d’éthique
Mais non seulement ils n’en ont cure, mais en plus osent-ils affirmer, et vont-ils même jusqu’à croire profondément, qu’ils la priorisent, cette éthique. Et là est toute l’abyssale différence entre leurs prétentions actuelles (qui elles-mêmes ne sont basées que sur des mots scandés, sans aucune preuve donnée dans la réalité) et l’intérêt qu’ils accordent réellement à la morale, au bien, à la justice. D’ailleurs, beaucoup de religions actuelles le prouvent encore et toujours : des dieux qu’on jetterait en prison s’ils étaient humains sont encore adorés.
Comme si justice, sagesse, bienveillance perdaient leur sens réel pour adopter ce qui, en la divinité, est dans le même registre. Ainsi, la sagesse pour un humain, dans un contexte donné, serait de faire une chose précise, mais celle pour une divinité ne serait pas de faire cette chose, mais seulement ce qu’elle choisit, quoi que ce soit. Et les humains n’en restent pas là : ces choix de ces divinités deviennent eux-mêmes la sagesse à reproduire, à imiter, et ils se pensent même, en le faisant, en quête de réelle sagesse, et non seulement dans une posture de reproduction insensée. Cette absurdité est telle que personne n’y aurait cru si elle n’avait été la norme, sur Terre, depuis la nuit des temps.
Les échos des anciens cultes
Regardons les dieux des civilisations nordiques, grecques ou égyptiennes : ils exigeaient des sacrifices sanglants, glorifiaient les massacres, acceptaient les viols. Ces divinités ne prétendaient même pas être justes ; elles étaient ouvertement despotiques. Aujourd’hui, la plupart des religions actuelles, bien qu’enrobées de discours sur la justice ou la bonté divine, continuent de projeter des images similaires. À peine dissimulent-elles leur soumission aveugle à une autorité suprême, qu’elle soit moralement acceptable ou non.
Le divin moderne impose des exigences semblant absurdes : croire inconditionnellement, prier à des heures fixes, s’abstenir de manger certaines choses, pardonner l’impardonnable, ou combattre au nom de la foi. Ces pratiques sont parfois maquillées en vertus ou en actes bénéfiques, mais elles ne résistent pas à une analyse éthique rigoureuse. Ne pas le faire est irresponsable éthiquement, extrêmement hypocrite, et blâmable.
Supposons même que tout cela soit réellement éthique, dans une certaine profondeur qu’on peut chercher et trouver. Mais là, il faut l’atteindre, cette profondeur. Il faut comprendre les raisons. Et il faut que ces raisons soient valables, légitimes, et pas seulement (comme on le voit un peu partout dans les écrits d’érudits) des raisons sans queue ni tête, semblant dire : Ah, il a tué cet homme car il a fait un drôle de bruit, rien n’est plus juste. Cette capacité des savants et des érudits à tenter de prouver des contradictions énormes grâce à des tours de passe-passe rhétoriques, le tout sincèrement, mériterait un ouvrage à elle seule. Ils ressemblent à un fou jurant qu’un tas d’ordures est un bouquet de fleurs, car on peut y distinguer clairement (et ils insistent dessus) les couleurs des roses et des lys, tout en exhibant leurs diplômes qui prouvent que ce sont des spécialistes, et que les non-spécialistes peuvent (ou plutôt doivent impérativement) leur faire confiance. Et c’est pareil dans toutes les religions, sans exception aucune cette fois-ci.
Un exemple frappant est celui d’un Dieu qui prêcherait le pardon universel tout en imposant des conditions absurdes pour obtenir son propre pardon. Si ce Dieu avait réellement voulu un univers sans rancune, n’aurait-il pas simplement épargné la Création entière ? Mais là, tous s’abandonnent dans cette foi. Un dieu qui parle de pardon absolu, c’est le tiercé gagnant. Même pas besoin de trop se forcer à penser que le tas d’ordures est une belle prairie. Ça facilite les choses, à l’hypocrisie humaine.
Jugement éthique du divin
Imaginons un Dieu parfait et juste. S’il impose des règles à ses créatures, ne devrait-il pas lui-même s’y conformer ? Pourtant, les descriptions religieuses le dépeignent souvent comme un être contradictoire : interdisant l’injustice aux humains, mais la pratiquant lui-même dans ses jugements ou ses exigences. Une clé essentielle pour juger la Création est de penser Dieu comme un acteur éthique soumis au même regard critique que ses créatures. Si Dieu existe, comment jugerait-il les images incohérentes que les croyants ont façonnées de lui ?
Les religions tendent à projeter sur le divin leurs propres insuffisances éthiques. Elles transforment Dieu en un juge partial, demandant à ses fidèles de nier l’évidence morale au profit d’une obéissance aveugle. Et cela, bien souvent, est présenté comme la quintessence de la foi. Les meilleurs sont ceux qui ne voient que les fleurs. « Des ordures ? Sacrilège diabolique ! Vil blasphémateur ! Rejeton de l’enfer ! », penseraient-ils de ceux qui voient bien la crasse. Et ils pensent que leur divinité les applaudit, d’en haut, les appelant : justes de chez justes.
Fascinant, n’est-ce pas ?! Ne voient-ils pas que si leurs divinités existaient réellement, elles n’apprécieraient franchement pas leur hypocrisie flagrante ?
Les deux grandes inepties des religions
Deux erreurs fondamentales caractérisent la plupart des systèmes religieux :
La soumission aveugle comme vertu suprême :
Les croyants pensent que leur rôle est de croire et d’obéir, même lorsque les dogmes qu’ils suivent semblent injustes ou absurdes. Ils imaginent un Dieu qui valorise l’aveuglement, la passivité, et le déni des évidences éthiques. Mais quelle justice y aurait-il dans un monde où les êtres les plus récompensés seraient ceux qui ont refusé de réfléchir et de questionner ?
Un Dieu parfait ne chercherait pas des « abrutis criminels et injustes », prêts à tout pardonner ou à tout accepter sans discernement. Au contraire, il exigerait des esprits capables de reconnaître le vrai bien et le vrai mal par eux-mêmes, et non sur la base d’un ordre ou d’un dogme.
L’interdiction de la quête objective :
Les religions encouragent leurs adeptes à chercher la vérité parmi les autres croyances, mais interdisent souvent ce même effort à leurs propres fidèles. Si un Dieu impose aux membres des autres religions de le chercher, pourquoi n’imposerait-il pas la même quête à ses propres croyants ? Un Dieu parfait ne pourrait tolérer une telle inconstance. Toute vérité doit être accessible objectivement, sans qu’un chemin soit favorisé arbitrairement par des circonstances comme la naissance ou les traditions familiales.
L’importance d’une quête éthique et objective
Pour mériter une récompense divine, encore faut-il avoir cherché la vérité de manière honnête et objective. Un Dieu juste ne pourrait accepter une foi aveugle ou une adhésion à des dogmes fondés sur des biais culturels ou familiaux. 99,99 % des croyants n’adhèrent à leur religion que parce qu’ils y sont nés. Si leurs ancêtres s’étaient trompés, ces croyants continueraient aveuglément dans l’erreur. Est-ce là une quête véritable ? Certainement pas.
La foi, pour être valable, doit être le fruit d’un cheminement réfléchi, guidé par une recherche sincère de ce qui est juste et bon. Si un Dieu impose un jugement, il doit fournir un chemin accessible, clair, et fondé sur des principes éthiques solides.
Dieu et l’hypocrisie
L’hypocrisie est condamnée par presque toutes les religions, et pourtant, elle est omniprésente dans les pratiques religieuses, comme on l’a démontré à plusieurs reprises. Les croyants acceptent souvent des dogmes qu’ils savent injustes ou absurdes, simplement parce qu’ils pensent que c’est ce que Dieu attend. Mais un Dieu parfait ne demanderait jamais une telle soumission. Il exigerait au contraire une intégrité morale, même face à des ordres divins apparents. Et penser le contraire ne semble-t-il pas insultant ?
Vers une purification éthique
La Création, dans cette perspective, n’a de sens que comme un processus de purification éthique. Un Dieu parfait ne pourrait exiger autre chose que la justice, y compris contre lui-même s’il s’égarait. Si une religion demande aux fidèles de renoncer à leur propre sens de la justice pour plaire à Dieu, elle devient une erreur éthique flagrante.
Un Dieu parfait ne pourrait être satisfait par une foi fondée sur la peur ou l’aveuglement. Il chercherait des êtres capables de le critiquer, de s’opposer à lui si nécessaire, pour défendre des principes éthiques universels. Et cela, paradoxalement, pourrait être la véritable marque de la foi.
Conclusion : Repensez vos images de Dieu
L’idée que l’on se fait de Dieu doit être raffinée, non en fonction de la puissance ou de la grandeur, mais de l’éthique. Qu’il soit parfait ou non, un Dieu ne pourrait imposer des exigences absurdes sans perdre toute légitimité morale. Et si un Dieu juste existe, il n’attendrait pas de ses créatures une soumission aveugle, mais une quête honnête de vérité et de justice.
Les croyants, s’ils veulent être justes, doivent chercher non seulement dans leur religion, mais aussi au-delà. Affiner l’image de Dieu, comprendre ce qu’il doit être éthiquement, et ne pas se contenter de dogmes hérités, est une nécessité. Car un Dieu qui jugerait les âmes sur leur simple appartenance religieuse serait un Dieu indigne de respect.
