Chapitre VII : Existe-t-il une religion inhérente absolue ?

La religion inhérente absolue, telle qu’elle est ici conçue, dépasse les dogmes institués et les rituels prescrits. Elle se présente comme une méthode de purification des principes, une éthique universelle à laquelle tout être, y compris le divin, doit se soumettre. Ce n’est pas une religion au sens traditionnel, mais un socle intemporel de justice, indépendant de toute révélation.

Elle établit une hiérarchie claire : les principes bons dominent la puissance, la peur ou le désir.

Non acquise, non imposée, non choisie, cette religion est inhérente à toute conscience lucide, comme une forme d’architecture morale structurelle du réel.

En vérité, c’est exactement cela que chercheraient, avant toute chose, des êtres de bonne foi. Et cette phrase à elle seule résume tout. Donc, si une personne croit qu’une divinité existe, et si pour cet individu la religion sert à devenir meilleur, elle doit passer par ce chemin. Impérativement. S’il y a des règles concernant les religieux, que serait une religion concernant le divin ? N’y aurait-il pas des règles à suivre ?

Un socle nécessaire : la justice comme fondement

Tout d’abord, il faut penser certaines choses. Pour qu’une création soit qualifiée de juste, elle doit éviter toute forme d’injustice, même la plus infime, depuis son commencement jusqu’à sa fin. C’est un principe élémentaire.

Une création parfaite, quant à elle, va encore plus loin : elle ne doit souffrir d’aucune hypothèse où une autre réalité serait meilleure. Car prenons un exemple simple : si, dans un univers parallèle hypothétique, un être pouvait éviter une douleur inutile, fut-elle une piqûre de moustique, alors notre réalité perdrait immédiatement son statut de perfection. La perfection peut aussi être définie par l’absence absolue de meilleure alternative, hypothétique ou réelle.

Dès lors, deux paliers doivent être discutés, pensés : la perfection et la justice. Et de ce simple fait, le droit à la justice devient, lui, un droit absolu, et une obligation. Même pour un dieu. Surtout pour un dieu. Aucune puissance ou royauté ne peut légitimer l’injustice. Car de quoi aurait l’air une Création qui non seulement n’est pas parfaite, mais également pas juste, ou contenant de l’injustice ? La philosophie du moindre mal ne peut s’appliquer dans ces proportions.

Ainsi, une bonne religion, ou une bonne création, repose sur cette justice comme principe fondateur, sans privilèges ni dérogations. La justice est absolue, elle transcende tout, même le divin.

Quelques autres lois universelles

Voici quelques principes fondamentaux, indiscutables pour quiconque agit de bonne foi, qui forment le socle de cette religion primitive absolue :

  • La puissance ne légitime rien : la possession de pouvoir, aussi absolu soit-il, n’autorise aucun privilège ou passe-droit face à la justice. Et la revendication de perfection est légitime devant tout être réclamant sacralisation.
  • La justice est indépendante de la puissance : le plus fort ne peut imposer sa propre définition du bien et du mal. Ces notions existent d’elles-mêmes et transcendent toute volonté individuelle.
  • Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse : ce principe va au-delà de l’acte lui-même ; il inclut ses effets. Un masochiste, par exemple, n’a pas le droit d’infliger des souffrances aux autres sous prétexte qu’il les apprécierait lui-même. Car l’appréciation ou non est partie prenante dans la définition même de ce qu’on peut appliquer à autrui.
  • L’obéissance n’excuse pas l’injustice : agir injustement par peur ou par soumission à une autorité est inexcusable. La justice est une responsabilité dont on ne peut se défaire en prétextant l’obéissance aux ordres.
  • Approuver l’injustice est une injustice : ne pas s’opposer à une injustice (au moins intérieurement), ou s’en désintéresser, revient à en être complice.
  • La justice est un reflet légitime : tout être qui commet ou approuve une injustice accepte, de fait, que cette injustice lui soit retournée de manière équivalente.
  • La vérité doit être accessible à tous : la quête de vérité doit être encouragée. Elle ne peut être interdite. Car seule la quête de vérité permet de la trouver. Il est insensé que cette quête soit valorisée dans un cas et interdite dans un autre.
  • La lumière ne doit pas devenir un piège : si une chose a l’air juste et vraie, elle ne peut être utilisée pour égarer. La suivre ne peut jamais être considérée comme une faute. La justice exige que les êtres soient jugés selon les données à leur disposition.

Ce ne sont que des exemples, des exemples dont on ne peut comprendre le sens qu’en atteignant certains carrefours. Prenons le huitième point par exemple, il semble inutile, voire absurde. Mais on peut trouver dans mille religions des cas où il est interdit de suivre ce qui, pourtant, a tout l’air d’être quelque chose de vrai et de bon. C’est interdit parce que c’est interdit, si on veut résumer. Et cela n’a pas de sens.

Ce genre de réflexion doit être entamé par tout un chacun qui cherche vraiment la vérité. Il faut trouver les lois qui sont susceptibles de gouverner une religion vraie. Car ces lois sont le seul chemin praticable pour la trouver, par élimination. Après, bien sûr, avoir profondément pensé la question. Et pas seulement s’être dit : non, c’est absurde d’interdire cela, donc cette religion est fausse. Parfois les choses ne sont pas si simples, et en approfondissant la question, on trouve qu’une chose interdite particulière devrait réellement l’être. Mais il faut être objectif, et ne pas penser ces choses à la légère.

Le défi de l’éthique universelle

Car ces principes posent une question essentielle : comment peut-on concilier ces lois absolues avec la réalité d’un monde plein de chaos, de souffrances et d’injustices ?

Si Dieu existe et qu’il est juste, alors l’existence de ces contradictions apparentes nécessite une explication. Pourquoi un univers si souvent marqué par le mal serait-il nécessaire ? Pourquoi la justice ne semble-t-elle pas triompher à chaque instant ?

On comprendra qu’avant de chercher ou trouver une religion, il convient de penser ce que doit être une religion, et en quoi ce monde où nous nous trouvons est juste (et en quoi il serait parfait), avant toute autre chose.

L’image de la justice universelle

Pour qu’un univers respecte ces lois absolues, il doit répondre à plusieurs critères :

  • Aucune injustice ne doit rester impunie.
  • Toute souffrance doit avoir une finalité éthique claire et nécessaire.
  • Les êtres doivent être jugés uniquement selon leurs motivations et les données disponibles.
  • Les lois éthiques doivent être appliquées de manière cohérente et sans contradiction.

Toute autre configuration ne peut être qualifiée de juste ou de parfaite. Un tel univers demanderait une révision ou une explication solide justifiant ses déviations apparentes.

Vers une compréhension plus profonde

Cette réflexion ne se limite pas à critiquer l’état actuel du monde ou les religions existantes. Elle cherche à définir un idéal universel, une voie éthique qui transcende les dogmes et les traditions. En posant ces principes comme incontournables, elle invite chaque être, divin ou non, à s’y conformer, si ce n’est déjà fait.

Et il suffit d’y penser un instant pour savoir que cette voie est inhérente à toute quête de bonne foi. Pourtant, trop peu semblent l’avoir empruntée.